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11/01/2019

Les femmes montent au créneau

                     

 

 

Cela se passe en Inde, au Kerala, où des millions de femmes ont formé, depuis le 1er janvier, un mur humain de 620 kilomètres de long pour protester contre l’interdiction qui leur est faite d’aller prier dans des temples. Il faut savoir en effet que la tradition indienne considère comme impures les femmes en âge d’avoir leurs règles et ce, malgré l’abolition de cet interdit par la Cour Suprême de l’Inde en octobre dernier. Depuis, des militants traditionnalistes bloquent l’accès du temple de Sabarimala. Néanmoins, ces jours-ci, trois femmes ont réussi à y entrer sous escorte policière.

Cela s’est passé à Paris et dans plusieurs villes françaises (Toulouse, Caen, Lyon, Dijon) dimanche 6 janvier. Des femmes, par centaines, ont organisé des défilés – d’où les hommes étaient exclus – pour soutenir les revendications des Gilets jaunes, mais sans la violence qui s’est encore déchaînée lors de ce 8eme week-end de mobilisation. Elles voulaient aussi rappeler qu’elles sont les premières à subir les restrictions budgétaires, tout en faisant un clin d’œil à la révolution françaises, quand les femmes du peuple ouvraient les cortèges pour aller tancer le roi.

Voici deux exemples, pris dans l’actualité récente, qui montrent l’importance des femmes dans le combat social et l’évolution des moeurs. Dans l’un et l’autre cas, elles manifestent pour plus d’égalité, de justice et de dignité dans un monde qui les leur dénie encore trop souvent. Ce féminisme-là, éclairé, généreux et solidaire se situe aux antipodes des mesquines exigences des féministes différentialistes qui copinent avec le pouvoir actuel. Faut-il dire que  nous le soutenons sans réserve ? Car il rappelle que les conditions de vie, un peu partout sur la planète, doivent sans relâche être améliorées, que les femmes ont en cela un rôle primordial à jouer. Un autre monde est possible et il ne se fera pas sans elles.    

 

Jacques LUCCHESI

17:57 Publié dans 19 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femmes, inde, défilés, féminisme

28/12/2018

     Ridicule

       

 

 

 La nouvelle est tombée jeudi matin 27 décembre. Florian Philippot, patron du micro-parti Les Patriotes, a déposé la marque « Gilets jaunes » à l’INPI, en vue de constituer une liste commune Gilets jaunes-Patriotes aux prochaines élections européennes.

A priori rien de plus grotesque. Depuis quand les Gilets jaunes sont-ils une marque – ou un brevet – susceptible d’être enregistrée comme telle par un institut national destiné à protéger la propriété industrielle ? En soi il y a  quelque chose qui défie le bon sens.

Ensuite, il y a bien sûr la mesquinerie et l’opportunisme du politicien de troisième plan qui voudrait, comme un avare, s’approprier ce qui relève de la poussée vitale, ce mouvement spontané de protestation contre une politique trop coercitive -  et qui doit le rester.

C’est comme si ce transfuge du FN – pardon, Rassemblement National – disait à la face du monde : « Les Gilets jaunes, désormais, c’est à moi. N’y touchez pas ! »

Il est vrai que ces nouveaux frondeurs sont courtisés  par d’autres formations politiques, à commencer par le Parti Communiste. On voit bien, à droite comme à gauche, le potentiel de voix qu’ils représentent, pour peu qu’on arrive à canaliser leur colère et leurs revendications.

On oublie cependant que leur révolte s’est faite, non seulement en dehors de tout cadre politique ou syndical déclaré, mais aussi contre eux, parce que jugés trop inertes ou trop compromis avec le pouvoir. Et c’est aujourd’hui un politicien en mal de reconnaissance qui voudrait se l’approprier ! Quel affront !

Nous souhaitons vivement que cette basse récupération  sera rejetée par les Gilets jaunes avec l’énergie qu’on leur connaît à présent.

 

Jacques Lucchesi

26/12/2018

     Vers un référendum d’initiative citoyenne ?

           

 

 

 

Si les différentes propositions d’Emmanuel Macron, lundi 10 décembre, n’ont guère satisfait la plupart des Gilets jaunes, elles ont permis néanmoins d’amorcer un début de dialogue et de faire entendre une parole citoyenne moins confuse que jusqu’à présent. C’est ainsi que, samedi 15 décembre devant la salle du Jeu de Paume à Versailles – lieu symbolique s’il en est -, un collectif de Gilets jaunes emmené par Maxime Nicolle et Priscillia Ludosky a émis, à l’adresse du chef de l’état, quelques revendications  pour sortir dignement de cette crise.

Alors que la baisse des taxes sur les produits de première nécessité, la réduction drastique des salaires gouvernementaux et la suppression de leurs privilèges annexes n’ont vraiment surpris personne, la proposition de créer un référendum d’initiative citoyenne (RIC) a davantage retenu l’attention des pouvoirs publics. Sous l’angle démocratique, elle est de loin la plus ambitieuse et témoigne de la progressive politisation de ce mouvement insurrectionnel.

Cette proposition a même une dimension véritablement révolutionnaire. Car, pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, une délibération citoyenne pourrait remettre en question le pouvoir absolutiste du gouvernement et de l’Assemblée Nationale, bloquer des projets de loi ou participer à leur élaboration. Non pas d’une façon ponctuelle (comme en 1969, 1997 et 2005), à l’occasion de grands choix politiques, mais sur la durée entière d’un quinquennat. On peut rappeler ici que ce type de référendum existe déjà en Suisse et en Italie.

Certes en 2008, sous la gouvernance de Nicolas Sarkozy,  la réforme constitutionnelle a rendu possible un référendum d’initiative partagée. Mais les conditions (réunion d’un cinquième des parlementaires et d’un dixième du corps électoral français) sont trop complexes pour le mettre facilement en oeuvre. Quant à l’intention, plus récente, d’intégrer dans le débat législatif des pétitions lancées sur Internet, elle est restée jusqu’ici lettre morte.

Bien entendu, certains ne manquent pas de critiquer le caractère ouvertement populiste et anti-parlementaire  de cette proposition. Ils pointent, non sans raison, l’embellie que le RIC représenterait pour les partis extrémistes. Mais la fronde des Gilets jaunes procède, pour une bonne part, de la défiance envers les élites politiques. C’est ce sentiment de compter pour rien dans les décisions de nos dirigeants qui est responsable de l’abstention électorale en hausse continue depuis plusieurs années. Avec le RIC, un pouvoir effectif de participation à la vie de la nation serait ainsi, donné au citoyen moyen, et pas seulement à l’occasion des grands rendez-vous électoraux (élections présidentielles, législatives, régionales, municipales  ou européennes). Ce qui rendrait un peu de pouvoir au peuple français et le ramènerait avec plus d’enthousiasme sur le chemin des urnes.

Cette capacité référendaire accordée à chacun exigerait, c’est certain, une plus grande vigilance vis-à-vis des options gouvernementales et parlementaires - au risque de recréer des inégalités entre citoyens plus ou moins engagés. Il faudrait également que les propositions populaires recueillent in fine l’assentiment du Conseil Constitutionnel ou ne violent pas les lois-cadres de notre République. Mais, reconnaissons-le, elle ouvre des perspectives nouvelles et attendues par beaucoup d’entre nous. A l’extrême, elle pourrait être un levier pour accélérer le passage de la Cinquième à la Sixième République.  

D’ores et déjà le premier ministre a dit qu’il allait étudier cette piste de réflexion. Mais on peut craindre, çà et là, de nombreuses oppositions  vis-à-vis d’un projet qui réduirait sensiblement, s’il venait à être concrétisé, la liberté de nos dirigeants. 

 

Jacques LUCCHESI

 

15:56 Publié dans numéro 18 | Lien permanent | Commentaires (0)