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06/08/2019

L’inamovible

                                 

 

 Le 29 juillet, en Roumanie, un fait-divers particulièrement sordide a secoué l’opinion publique. Alexandra, une jeune fille de 15 ans, a été enlevée, frappée, violée et finalement assassinée par un homme de 65 ans. Pourtant, l’adolescente a pu subtiliser le portable de son meurtrier et a téléphoné trois fois à la police durant sa séquestration. Mais celle-ci, empêtrée dans des questions administratives, a mis pas moins de 19 heures pour localiser les lieux et arrêter son assassin présumé. Du coup, le ministre de l’intérieur, Nicolae Moga, a limogé le chef de la police et le directeur des communications spéciales avant, lui-même, de donner sa démission – après seulement huit jours d’exercice. Une attitude juste et digne, en conséquence de ce fiasco dramatique.

En France c’est une autre affaire qui fait flamber la rue et les réseaux sociaux depuis quelques semaines : l’affaire Steve Maia Caniço. Ce jeune homme de 24 ans assistait, le 21 juin dernier, à la fête de la musique à Nantes quand les policiers, pour des raisons assez floues, ont chargé la foule présente vers 4H30 du matin. Affolés, certains se sont jetés dans la Loire, dont le jeune Steve qui s’est ainsi noyé. Depuis la découverte de son cadavre, le 29 juillet aussi, des manifestations se multiplient, non seulement à Nantes mais aussi à Toulouse, Bordeaux et Grenoble. Elles mettent en cause la brutalité de la police française, même si une enquête de l’Inspection Générale de la Police Nationale a rapidement conclu à une absence de lien direct entre cette noyade et la charge des policiers.

Néanmoins, le procureur de la République de Nantes a ouvert une procédure judiciaire pour homicide involontaire. Mais les deux juges du tribunal de grande instance de Nantes ont rapidement demandé à être dessaisis de l’affaire. C’est dire son caractère extrêmement sensible dans l’actuel contexte politique. Et l’on se doute bien jusqu’où pourraient remonter les investigations, qui elles pourraient mettre en cause. Cela n’empêche pas Christophe Castaner d’afficher, çà et là, une bonhomie de façade, surtout depuis que le premier ministre lui a apporté son soutien personnel.

De toute évidence, il ne se sent en rien responsable des débordements policiers de  Nantes, pas plus d’ailleurs que des innombrables blessés par armes non létales qui ont émaillés les manifestations des Gilets jaunes depuis huit mois. Récemment, François de Rugy a démissionné sur la base de simples allégations journalistiques sur son train de vie, alors qu’il était président de l’Assemblée Nationale. Pas Christophe Castaner qui se croit sans doute indispensable dans le rôle qui lui a été attribué voici deux ans. On se demande combien de bavures accablantes seront encore nécessaires pour qu’il prenne la même décision que son homologue roumain. Il y a des surdités qui déshonorent la vie politique française.

 

Jacques Lucchesi  

17:37 Publié dans numéro 19 | Lien permanent | Commentaires (0)

05/07/2019

      Tempête dans une piscine

 

                              

 

 

 Depuis quelques années maintenant, l’été ramène avec la canicule et le besoin pressant de se rafraîchir, des polémiques insidieuses sur les tenues de bain acceptables dans l’espace public. Ceux qui les orchestrent, sous couvert associatif, jouent habilement sur les ambigüités de notre laïcité pour tester les limites de la tolérance commune vis-à-vis de codes vestimentaires relevant d’une autre culture que la notre. C’est ainsi que, dimanche 23 juin, une dizaine de femmes ont voulu se baigner en burkini dans une piscine grenobloise. Rappelons au passage que le burkini est la version aquatique de la lugubre burqa, ce qui en fait l’exacte antithèse du monokini. Evidemment, elles se sont vu interdire l’entrée malgré leurs protestations et certaines ont même  écopé d’une amende de 35 euros.

Cependant la polémique enflait sur les réseaux sociaux et, deux jours plus tard, la piscine a été momentanément fermée pour des questions de sécurité. Le maire EELV de Grenoble, Eric Piolle, a évidemment réagi à cette provocation, condamnant une stratégie du choc et une atteinte au règlement intérieur. Quant à Marlène Schiappa, la secrétaire d’état à l’égalité des femmes et des hommes, elle a dénoncé dans cette intrusion une atteinte au droit des femmes à porter un maillot normal- c’est dire dévoilant plus le corps qu’il ne le cache.

 Tout cela serait aussi risible qu’un canular de potache s’il n’y avait derrière l’ombre d’une idéologie menaçant nos valeurs démocratiques. Du reste, comment peut-on logiquement s’indigner d’être reflué(e) d’un espace de baignade où la semi-nudité est de règle quand on s’y présente vêtu(e) de pied en cap ? Car comment, dans ces conditions, pouvoir bénéficier des bienfaits de l’eau et du soleil conjugués, ce qui est quand même le but recherché quand on va dans une piscine ou à la plage ? Et, accessoirement, montrer ainsi qu’on ne porte rien de douteux sur soi.

 Le motif d’islamophobie est parfaitement hypocrite et déplacé ; car c’est d’abord une simple question d’hygiène.  Si un homme - ou une femme – voulait entrer dans une piscine avec un pantalon de jogging et un tee-shirt, personne ne s’étonnerait qu’il ne soit pas accepté. On ne verrait là qu’une forme d’excentricité de sa part. Alors pourquoi devrait-on arguer un pseudo droit à la liberté religieuse quand il s’agit de femmes musulmanes qui se comportent de façon aussi provocatrice ?

 Personne n’est astreint à se baigner en été et on peut très bien rester chez soi, dans la tenue de son choix, si on estime que se dénuder en public est immoral. Mais de grâce, mesdames, ayez la décence de ne pas imposer vos critères de vertu à une société qui leur est parfaitement étrangère. Respectez, si vous voulez vous-mêmes être respectées, toutes celles et ceux qui ne font que vivre selon la norme commune lorsqu’ils exposent leurs corps à la lumière. Et rappelez-vous qu’en France, la santé publique prime sur toutes les guéguerres de valeurs.

 

Jacques Lucchesi

18/06/2019

                Marlène Schiappa idéologue

           

 

 

 

 Si être un homme ou une femme politique au XXIeme siècle, c’est sortir sans cesse de son pré carré pour aller pérorer de tout et n’importe quoi sur les plateaux de télévision, alors Marlène Schiappa en est certainement la meilleure incarnation. Jusqu’à présent, la très partiale secrétaire d’état à l’égalité des femmes et des hommes s’en tenait principalement à corroborer toutes les propositions féministes du moment, dans un oubli total du devoir de réserve attaché à sa fonction. Voici qu’elle a franchi un pas supplémentaire en co-signant, avec deux députés macronistes – Olivia Grégoire et Laurent Saint Martin – une tribune dans le dernier JDD, appelant les petits partis à rejoindre LREM. En voici d’ailleurs un extrait significatif :

« La République en marche n’a pas vocation à diviser en courants mais à élargir. Que vous veniez de LR, d’EELV, du PS ou du Parti animaliste, tout ce qui nous intéresse, c’est : êtes-vous prêts à faire passer votre pays avant votre parti? Êtes-vous prêts à porter et défendre des idées, peu importe leur provenance, au service des Français? »

On croit rêver en lisant ces lignes. A entendre madame Schiappa et consort, l’état de la France serait si alarmant qu’il nécessiterait une sorte d’union sacrée. Foin des querelles de clochers ! La patrie est en danger. Il s’agit à présent de travailler tous ensemble à sa préservation et son relèvement. Et quoi de mieux que la République en marche pour subsumer les différences et les idées originales? N’est-ce pas, depuis sa création, son principal credo ? Non, mesdames et messieurs, LREM n’est pas un parti comme les autres ; c’est la quintessence de la France d’aujourd’hui.

Voilà ce que nous dit, en filigrane, madame Schiappa. On notera au passage le parallèle de son OPA politique avec les appels répétés au patriotisme de Marine Le Pen et sa prétention, elle aussi, à incarner la France éternelle. Après tout, pourquoi se disperser en une multitude de partis et de mouvements ? Un seul serait bien suffisant pour gouverner ce pays. Le problème –  si problème il y a encore -, c’est que tout cela n’est ni plus ni moins que la négation de la démocratie ; laquelle a toujours supposé une alternance gauche-droite et, entre les deux, une bonne dose de dissensus.

Si l’on excepte quelques brebis égarées en recherche éperdue de mandature, je doute fort que cet appel soit entendu par l’ensemble de la classe politique française. Qui pourrait d’ailleurs se laisser duper par un aussi grossier subterfuge ? Mais grâce à des vestales aussi zélées que madame Schiappa, on commence à voir clairement la nature inquiétante du projet macroniste. Après avoir renversé les piliers séculaires de l’édifice républicain, après avoir débauché, tant à droite qu’à gauche, tous ceux qui s’inquiétaient de leur avenir électoral, il voudrait à présent aspirer à son profit la diversité des propositions politiques pour notre pays. Comme quoi le « et en même temps », ce leitmotiv archi-répété du parti présidentiel, rejoint insidieusement le « ni droite ni gauche » de tous ceux qui, par le passé, ont voulu gouverner autocratiquement, dans le refus de toute forme d’opposition.

 

Jacques LUCCHESI