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01/06/2017

Draguer sur les marchés

                       

 

 

 Tout comme les élections municipales, les législatives ont la particularité de faire sortir nos mollusques politiques de leurs coquilles. C’est une des rares occasions où ils vont avec jovialité à la rencontre du bon peuple français. Il faut les voir faire assaut de politesses et de sourires mielleux, chercher les mains qui ne se tendent pas spontanément vers eux ou faire distribuer des tracts vantant leurs mérites par des subalternes pleins de bonne volonté. Car il faut quand même avoir à l’esprit  que chaque vote pour un candidat rapporte 1,80 euro à son parti. Oui, c’est bien nous, citoyens lambdas, qui nourrissons ces nouveaux seigneurs avec nos voix.

Si encore, une fois élus, ils demeuraient ouverts et accessibles à nos doléances ! Mais non ! Jusqu’à la prochaine élection, ils auront toujours un bon prétexte pour ne pas vous recevoir ou vous répondre. Et quand on sait ce qu’ils perçoivent pour censément représenter les citoyens, il y a de quoi les vouer aux gémonies. Au diable ces politiciens qui, la main sur le cœur, disent devant les caméras qu’ils ne pensent qu’à servir leur pays ! Car dans ce pays, l’activité politique n’est rien d’autre qu’une lutte des places. Et les places, à l’Assemblée Nationale, elles sont limitées à 577. Là aussi, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus.

Rien que dans les Bouches du Rhône, il y a, pour ces  prochaines législatives, 265 candidats de toute obédience qui sont en campagne – dont 23 dans la seule 5eme circonscription. De vieux renards locaux, quelques célébrités nationales parachutées çà et là et beaucoup de jeunes ambitieux parfaitement inconnus, aussi. On comprend qu’ils se poussent du coude sur les marchés. Ou que certains essaient de surfer sur la vague macroniste. Qu’on vienne de la gauche ou de la droite, qu’on prêche pour sa seule paroisse, rien ne compte plus, à présent, que de se faire estampiller « majorité présidentielle ». Qu’on observe un peu les panneaux d’affichages : c’est fou le nombre de ralliés, officiels ou officieux, à la République En Marche. On est « in » ou on est « out ». C’est la tactique du coucou. Pour l’heure tout est permis ou presque, on fera ensuite le tri entre le bon grain et l’ivraie. Serge Perottino, maire de Cadolive : il est « in ». Maurice Di Nocera, dinosaure de la politique marseillaise : il est « in ». Et toute cette duplicité fait pas mal grincer des dents, surtout dans leur propre camp.

On voudrait rire de cette frénésie électoraliste si on pouvait oublier que nous sommes tous concernés par les résultats qui vont se dégager des urnes dans un peu plus de quinze jours. Il ne suffit pas de vouloir moraliser la vie publique ; il faut aussi redonner du sens aux différents mandats ouverts par la république. Afin que le dialogue entre les élus et les électeurs ne se réduise pas à quelques bons mots autour d’un pastis tous les cinq ou six ans.

 

                       Jacques LUCCHESI

18/05/2017

Du sacre à la gouvernance

      

 

 

Cela a commencé dimanche 14 mai, dès 9 heures. On avait oublié à quel point la République peut imiter l’Ancien Régime quand elle renouvelle son président. La cour de l’Elysée était barrée d’un long rectangle rouge. Bientôt des hommes et des femmes, connus ou inconnus, le foulèrent entre les haies humaines formée par la Garde d’Honneur. A chaque époque ses courtisans. Puis ce fut la reine, en ensemble bleu, qui arriva seule, un peu avant 10 heures, précédant de peu son royal époux. Celui-ci arriva seul, lui aussi, au son des fanfares républicaines. Sur le perron du palais l’attendait, débonnaire et matois, le vieux monarque corrézien. On ne le plaindra pas : avec 15 000 euros nets de retraite mensuelle, il peut affronter sereinement l’avenir. On appelle ça une passation de pouvoir : « le roi est mort, vive le roi ». Puis, pour le jeune souverain, se succédèrent allocutions, accolades et poignées de mains distribuées, comme on offre des bonbons, au peuple avide de le voir et de le toucher. Celui-là même qui a fait roi cet heureux jeune homme favorisé par la fortune.

Le lendemain était, sous l’angle politique, une journée encore plus attendue, puisque c’était celle du premier ministre, autrement dit celui qui conduit officiellement l’action présidentielle, le chef du gouvernement. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Elysée fit durer le suspense, ne le révélant aux médias qu’à 14H30 – au lieu de midi. La France entière découvrit, avec le nom d’Edouard Philippe, le visage lisse d’un homme encore jeune – 46 ans -, malgré une calvitie avancée. Un homme à la silhouette dégingandée, façon Giscard. Un tenant de la droite modérée, pur produit de la méritocratie française, jusqu’ici dans l’ombre d’Alain Juppé, quoique maire dune ville comme Le Havre. Les critiques fusèrent vite de tout côté ; les uns parlant de stratégie pour mieux diviser la droite, les autres de droitisation, tout simplement, d’un programme censément au dessus des partis, et tout le monde ayant raison.

La nomination,  au poste de ministre de l’économie, d’un Bruno Le Maire, deux jours plus tard, n’a fait que confirmer cette orientation ; même si on peut apprécier, par ailleurs, l’entrée au gouvernement de personnalités de la vie civile, comme Françoise Nyssen à la culture, Laura Flessel aux sports et Nicolas Hulot à la transition écologique. Les cases de l’échiquier gouvernemental sont désormais toutes remplies. Mais résisteront-elles à la contre-offensive des prochaines élections législatives ? Cela est la grande question du moment.

 

Jacques LUCCHESI  

09/05/2017

Le moment Macron

                      

 

 

 C’est sans réelle surprise qu’Emmanuel Macron a été élu, dimanche soir, président de la république. Le huitième, exactement, depuis la fondation de la Cinquième République en 1958. Avec 66,1% des suffrages exprimés par plus de vingt millions d’électeurs, il devance de très loin sa rivale Marine Le Pen qui, elle, n’a pu réunir que onze millions de votants – soit 33,9% de suffrages. Cette élection n’aura pas fait que bousculer les lignes politiques habituelles; elle aura également bouleversé la pyramide des âges en ce domaine. A 39 ans, Emmanuel Macron (qui était, voici trois ans, un quasi inconnu en politique) devient ainsi le plus jeune président de toute l’histoire de la république française, lançant un signal fort à la jeunesse de ce pays. 

Au-delà de son accomplissement personnel et de sa volonté unanimiste exprimée avec lyrisme, il sait parfaitement que le plus dur reste à faire. Car il n’ignore pas que la majorité des votes qui se sont portés sur lui, dimanche dernier, n’étaient par dictés par une adhésion à son programme mais par une un rejet radical de celui de son adversaire. D’autre part, il va lui falloir tenir compte de l’énorme masse des abstentionnistes et des votes blancs – seize millions au total. Les prochaines élections législatives, dans moins d’un mois, vont ranimer à coup sûr de féroces oppositions, tant partisanes que personnelles.

S’il peut espérer des accommodements avec une partie du PS et même avec une frange des Républicains, aucun compromis, en revanche, n’est à escompter tant du côté du FN que de celui du Front de Gauche (qui refuse en bloc ses thèses pro-patronales). Cela va être difficile, pour lui, d’obtenir une majorité de députés à l’Assemblée Nationale, d’autant qu’une bonne partie des 577 candidats qui vont se présenter sous les couleurs d’En Marche seront, eux aussi, des novices en politique. Mais n’anticipons pas…La semaine prochaine, nous connaîtrons enfin la composition de son gouvernement ; ce qui en dira déjà long sur la politique qu’il compte mener pour les cinq années à venir. Vraiment les Français ne sont pas près de se reposer en ce printemps maussade.

 

      Jacques LUCCHESI