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19/04/2018

  Jours de colère

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 Dans une société démocratique, les grèves et autres manifestations sont des moments forts où  le peuple entend s’exprimer sans aucune médiation parlementaire. Il ne transgresse pas la loi, pour autant, mais il la complète, puisque ce droit est inscrit dans notre constitution.  En cette année qui marque le 50eme anniversaire de mai 68, il semble que les conditions soient réunies pour donner à cette commémoration une vigueur particulière, dans la rue encore une fois et pas seulement sur les plateaux de télévision. Car des cheminots aux étudiants en passant par les hôpitaux et les retraités, nombreux sont ceux qui ont une bonne raison de contester la politique réformiste de l’actuel gouvernement. A Marseille, samedi 14 avril, la manifestation soutenue par la France Insoumise et la CGT a pris ainsi un caractère interprofessionnel. En voici quelques photos réalisées sur le vif par notre amie Josiane Franceschi. J L20180414_151339.jpg

                                              

06/04/2018

Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu

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A n’en pas douter les évènements de mai 68 ont laissé une trace durable dans la mémoire française. Ils ont déterminé des changements sociaux qui allaient se poursuivre ou éclore au cours de la décennie suivante. Avec eux, c’est le rapport des Français au travail, à l’autorité et à la liberté qui s’en est trouvé bouleversé. A l’heure où le spectre de la pensée unique se profile sur notre démocratie ; à l’heure où une partie de la classe politique voudrait envoyer aux oubliettes de l’Histoire cette poussée de fièvre utopiste, il faut lire cet ouvrage original et richement illustré qui vient à point célébrer ce cinquantenaire. Cette fois la parole a été donnée, non pas aux historiens et aux sociologues, mais à tous ceux qui, de près ou de loin, ont traversé en témoins anonymes cet éruptif mois de mai, qu’ils soient ouvriers, fonctionnaires, étudiants ou simplement enfants (comme l’auteur de ces lignes à cette époque). Une lecture vivifiante qui rallumera en vous la flamme de la révolte et de l’espérance.

J L

Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu 
est publié aux Éditions de l'Atelier 
(480 pages, illustré ; 29.90 euros).

30/03/2018

      Sur une autre garde à vue

                    

 

 Au départ, il y a le geste admirable d’un homme de 45 ans, Arnaud Beltrame, officier de gendarmerie de son état, qui s’offre en otage  à la place d’une caissière effarée par la soudaineté de cette nouvelle attaque terroriste. En face de lui, dans ce supermarché, il y a un homme jeune, déterminé, violent, aux marges de la raison. Un de ces êtres immatures qui semblent n’être venus au monde que pour causer la souffrance et la mort des autres, gens de peu n’aspirant qu’à une vie simple et tranquille. Un candidat déclaré au martyre et un fonctionnaire généreux, qui va pousser le sens du devoir jusqu’au sacrifice, deux heures plus tard, de sa propre vie - pas de définition plus juste de l’héroïsme. Son assassin sera abattu, guère après : gageons que s’il y a un paradis au-delà de cette vie, ce n’est pas lui qui y entrera le premier. Ici bas, dans cette paisible commune du Sud-ouest  puis dans tout le pays, c’est la consternation. Encore des morts et des blessés qui s’ajoutent à la liste déjà longue des victimes du terrorisme depuis six ans maintenant. Des vies fauchées pour rien dans cette guerre asymétrique contre l’ordre du monde ; une lutte du passé contre le présent – de la transcendance contre l’immanence, dirait Georges Bataille –, une lutte  perdue d’avance pour ceux qui nous l’ont déclarée.

 Le lendemain, alors que la France entière est sous le coup de l’émotion, c’est un tweet – odieux – d’un homme – un Français bon teint – qui fait polémique sur le Net, ajoutant de l’indignation à la colère. Comment, en effet, peut-on se réjouir de la mort d’un homme au motif qu’il était gendarme et que certains de ses collègues ont commis l’irréparable, voici quelques années à Sivens, contre Rémi Fraisse, un jeune militant écologiste de 21 ans ? L’amalgame est grossier, stupide, ignoble. Il appelle sans nul doute une réfutation énergique sur ces mêmes réseaux sociaux qui l’ont véhiculé. Mais une arrestation et une garde à vue ? C’est pourtant ce qui va arriver, quelques heures plus tard, à l’auteur de cette parole provocatrice – par ailleurs militant d’une formation politique de gauche. Du coup, la perplexité et l’indignation changent de camp. 

Le motif invoqué par les autorités est « apologie du terrorisme ». Ce tweet, nous l’avons lu et, sincèrement, nous n’y avons trouvé que de la haine pour les gendarmes, pas de la sympathie pour le terroriste ou la justification idéologique de son crime. Ce serait pourtant ce genre de propos qui pourrait tomber sous ce chef d’accusation. Là, on a simplement affaire à un rebelle, quelqu’un qui ne s’aligne pas sur l’opinion partagée par l’immense majorité des Français, mélange d’admiration et de compassion pour le gendarme assassiné; quelqu’un dont la parole fait dissensus mais qui n’est pas impliqué, de près ou de loin, dans cet horrible attentat. Depuis quand est-ce condamnable en démocratie? Et quid de la liberté d’expression si chère aux fondateurs de notre république ? Tout se passe comme si un processus de sacralisation de l’état s’opérait à travers la personne d’un de ses représentants. Dans une troublante mise en abîme avec ceux qui, sur notre territoire, réclament la condamnation de tel ou tel dessinateur pour blasphème envers leur prophète, au mépris du principe de laïcité, pourtant l’un des piliers de notre république.

Cette affaire et ses conséquences méritent d’être sérieusement méditées. Elle confirme l’inquiétante régression des libertés publiques à laquelle nous assistons depuis quelques années, sous couvert de l’état d’urgence et autres mesures de coercition. Elle confirme le contrôle et l’emprise, de plus en plus grands, de l’état sur les propos des simples citoyens au motif de la sécurité générale. N’est-ce pas les méthodes de ces états autoritaires – de plus en plus nombreux autour de nous – que nos dirigeants reprennent progressivement  à leur compte ?

 

Jacques LUCCHESI