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17/03/2017

LA CAROTTE ET LE BÂTON

                                                                                            

 

 

 

 

 

Pour ce premier tour, nous disent éditorialistes et sondages, afin d'éviter que l'extrême Marine soit en tête, vous avez le choix, carotte ou bâton ?

Donc, nous avons le choix. Entre Macron et Fillon, entre la carotte et le bâton.

 

Ce que j'appelle le libéral-nazisme, ce régime oligarchique faussement démocratique et insidieusement dictatorial nous donne encore (pour combien de temps ?) le choix.

Nous serons violés, mais ça peut se faire doucement ou non.

Je commencerai par rappeler que proposer un faux choix, une fausse alternative, c'est déjà un viol, comme était déjà un viol le « There is no alternative » de cette brave Mrs Thatcher.

Dans les deux cas, il y a viol, puisqu'on prétend nous imposer quelque chose dont nous ne voulons pas et que dans un cas comme dans l'autre ce faux choix sera irréversible.

« Ou tu me laisses te baiser, ou je te viole », tel est le choix qu'on nous offre, si j'ose dire.

 

Fillon, c'est la version brutale. Le passage en force.

Jusqu'ici, le libéral-nazisme mondialisé, surfant sur l'addiction numérique, s'est installé en douceur, évitant autant que possible l'usage du bâton, mais n'omettant pas de montrer qu'il existe, et qu'il est gros.

Tôt ou tard, la méthode forte dont se rengorge le viril Fillon s'imposera, à mesure que s'aggrave le désastre causé par une mondialisation économique gérée par 1% de prédateurs aux dépens des 99% qui constituent leurs proies plus ou moins consentantes. Pour que les riches continuent à s'enrichir, il faut bien prendre l'argent chez ceux à qui il en reste un peu…

 

Macron, c'est la version douce. C'est lisse comme une pub de yaourt, soft comme un paquet de Lotus triple épaisseur, consensuel comme un sourire de Pujadas.

Soft, Macron ? Les « réformes » (entendez les régressions) que ce godelureau veut engager sont tout aussi radicales voire davantage que celles qu'annonce l'agité du bocal sarthois, tant en ce qui concerne l'emploi, toujours plus précaire, que pour les retraites, toujours plus tardives et réduites, ou la finance qu'il veut toujours plus libérée, afin que nous en soyons toujours davantage captifs.

 

Le fonceur fou fronce les sourcils, l'affable banquier arbore un sourire ingénu. Le premier nous  saute dessus bille en tête, le second nous joue la sérénade avant de nous enlacer.

Nous avons le choix, le tank ou le landau…

Dans les deux cas, pile ils gagnent, face, nous perdons. TINA !

 

Devant cette violence de plus en plus évidente à mesure que s'accélère la fuite en avant causée par une panique humaine mondialisée d'autant plus irrésistible qu'elle est refoulée dans l'inconscient collectif par un déni encore à peu près absolu, que pouvons-nous faire, citoyens lambda dépassés par les événements ?

Deux attitudes à première vue possibles, pas forcément efficaces, mais qui au moins soulagent, la marotte ou le Caton, Charline ou Mélenchon.

Le fou du roi, qui brocarde ce pouvoir devenu fou, ou le censeur, qui dénonce et dévoile la réalité sordide cachée derrière les grands mots.

Les deux attitudes peuvent se recouper, l'essentiel étant d'arracher de notre mieux leurs masques à ces détestables polichinelles (au sens exact du terme[1]) tout en sachant que ceux qui ne veulent pas voir la réalité en face continueront à voir le masque même quand nous leur aurons fait toucher le mufle.

 

Une dernière possibilité s'offre à nous, une autre façon de résister et pas la pire selon moi, tourner le dos à ce cirque malsain et s'abstenir : refuser de voter tant que ce ne sera pas pour une Constituante nous permettant de passer de la Ve à la VIe.

 

Une chose est sûre : si notre incorruptible employeur fictif est élu Président de la République, ce qui serait à mes yeux de la part des électeurs à la fois une erreur et un crime, je ne céderai pas. Suivant son exemple exaltant, à mon tour, je résisterai ! Pas question de reconnaître à ce démagogue populiste plus de légitimité qu'il n'en reconnaît aux juges.

En attendant, je n'aurai pas un mot d'injure envers lui : je n'en trouve aucune suffisante. Sa conduite seule suffit à le juger.

Quant à Macron, sous-marin doucereux de la mafia financière qui dirige de fait notre planète mondialisée, tout doit être fait pour lui barrer à lui aussi la route du pouvoir, son avenante carotte « nouvelle » n'étant qu'un grossier trompe-l'œil, alléchant emballage censé dissimuler la potion magique néo-libérale, ce poison mortel qu'est l'argent-roi.

Le « vote utile », ce piège à électeur gogo, est non seulement inutile mais nuisible.

Le seul vote utile, parce que c'est le seul vote honnête, c'est le vote de conviction.

Ce qui implique d'admettre que l'abstention est parfois le seul vote possible.

Nous aurons une chance d'entrer en démocratie le jour où une majorité d'entre nous sera capable de refuser de participer à ce perpétuel jeu de dupes qu'est l'élection présidentielle, pardon pestilentielle, pour exiger une refondation de nos institutions.

Ce n'est sans doute pas demain la veille…

                             

Alain Sagault

 

[1]            Définition du grand Robert : Polichinelle : Personne inconsistante dont les opinions changent sans cesse. Cf Fantoche, Marionnette. Traiter les ministres de Polichinelle.

            Et Voltaire : « Ce monde est une grande foire où chaque polichinelle cherche à s'attirer la foule. »

10/03/2017

           Fillon s’accroche

                 

 

 

On se demande parfois ce que peut représenter un candidat pour ses électeurs de base. Que peuvent-ils bien attendre de lui à la tête de l’état au point de pleurer à l’évocation de ses déboires ou de le toucher comme s’il était le Messie. Comment croire, en effet, qu’il puisse être le seul capable de « sauver le pays » et ne rien vouloir entendre de ce qui lui est reproché. Il y a quelque chose de profondément immature, d’irrationnel et même de malsain dans ce genre d’effusions affectives, surtout lorsqu’ elles se déversent dans le champ politique. C’est ce pathos pourtant qu’on a pu voir, la semaine dernière, autour de François Fillon. Il est vrai qu’il était dans la tourmente, malmené par les médias et les sondages, mis prochainement en examen par la justice, lâché par quelques-uns de ses principaux soutiens (Thierry Soler, Patrick Stéfanini, Bruno Lemaire). Mais ne doit-il pas qu’à lui-même d’avoir fait douter de la légitimité et du bien-fondé de sa candidature ?

Cependant Fillon a choisi de donner raison à ses « disciples ». Pas question pour lui de se retirer de la course à l’Elysée. Et d’organiser une manifestation de protestation contre ses supposés persécuteurs, avec le soutien des ultras cathos de l’association Sens Commun. Dimanche dernier, place du Trocadéro, ses supporteurs étaient venus en nombre – cinquante mille selon la police, deux-cent mille  selon les Républicains -, bravant la pluie et le froid pour répondre à son appel à résister. Face à eux, entouré de quelques fidèles (le dauphin François Baroin, la grande duchesse Valérie Boyer, le vicomte Luc Chatel), Fillon a réaffirmé sa détermination à aller jusqu’au bout et surtout à être le seul choix possible dans son camp. Plus que jamais il s’est moulé dans le rôle – parfaitement factice - de l’homme providentiel ; ce qui est une façon de faire croire qu’il a l’envergure d’un président. Dans la foulée, il également convaincu les instances de son parti de renoncer à l’idée d’un plan B, d’autant que Juppé n’a pas insisté pour le remplacer. Sa personnalité a ainsi pris le pas sur les discussions de fond, tant il est vrai qu’une élection présidentielle privilégie davantage un homme qu’un programme.

Du reste, on voit mal comment Fillon  pourrait faire autrement à présent. Et si d’aventure, il parvenait à être élu, il pourrait au moins obtenir la suspension des enquêtes judiciaires pendant cinq ans (ce qui serait très appréciable dans son cas). Cependant, on peut douter de sa capacité à rassembler les Français au delà de son électorat de base (environ quatre millions de personnes). Sa chute dans les sondages le met, au mieux, en troisième position derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Certes, on a eu droit à pas mal de surprises ces temps-ci. Mais, sauf à tenir les électeurs pour des imbéciles, il faut espérer que le jugement des urnes confirmera, dans six semaines, celui des échantillons de sondés.

 

 Jacques LUCCHESI  

03/03/2017

 Chez nous, de Lucas Belveaux  

              

  Quelquefois un film donne à penser l’époque dans laquelle il a été conçu, s’offrant comme un reflet à la vie du citoyen lambda, dénonçant une dérive de la société actuelle et de ses valeurs. C’est le cas pour le nouveau film de Lucas Belveaux, Chez nous. On connait depuis longtemps la fibre sociale de ce cinéaste belge, son goût pour des histoires qui s’attachent à des itinéraires singuliers pour mieux éclairer l’évolution des mentalités. Ici c’est de l’engrenage politique le plus clivant qu’il est question. L’action se situe à Hénart, dans ces terres grises et un peu tristes du nord que Lucas Belveaux, manifestement, affectionne. Infirmière libérale et mère divorcée de deux jeunes enfants, Pauline Dhuez (Emilie Dequenne, toujours épatante) n’a pas une vie facile. Cependant, il y a des petits bonheurs en pointillés, comme ses retrouvailles avec Stéphane, un ancien camarade d’école (Guillaume Gouix). Les choses vont changer avec la réapparition de Philippe Bertier (André Dussolier, parfait à contre-emploi)), son ancien médecin de famille. Celui-ci s’avère être un redoutable manipulateur au service d’un parti ultra-nationaliste. De flatteries en réunions, il va convaincre Pauline de devenir tête de liste aux prochaines municipales pour le compte d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), présidente du mouvement national populaire. Cette apparente promotion sociale va vite se transformer en un chemin de croix où la pauvre Pauline va se couper progressivement de ses attaches, tant amicales et familiales que professionnelles et amoureuses. Autour d’elle la colère monte ; ses déplacements, jusque là anonymes, engendrent maintenant des tensions qui se résolvent dans la violence. Estimant que le prix à payer pour son équivoque notoriété est trop fort, Pauline finira par envoyer au diable son mentor (qui la remplacera vite). Mais peut-on retrouver ses jalons quotidiens après une telle incursion dans la vie publique ? La fin du film le laisse penser, non sans quelques désillusions…    

Chacun aura, bien sûr, reconnu le Front National derrière les personnages et les faits évoqués. Avec beaucoup d’intelligence Lucas Belveaux met en parallèle l’enthousiasme des militants et des supporteurs du club de foot local. Il éclaire, à travers ses méthodes patelines, le cynisme d’un parti extrémiste en quête de légitimité démocratique. Ce qui n’empêche pas – sempiternel retour du refoulé – ses éléments les plus violents de se manifester à la première occasion. Car, comme le dit si bien le docteur Bertier : « Changer de stratégie, ce n’est pas changer d’objectif. » On comprend pourquoi la sortie de Chez nous a soulevé l’ire et l’inquiétude des cadres du FN, peu contents de se voir ainsi brocardés en pleine campagne présidentielle. Suffira-t’il à infléchir la dynamique frontiste actuelle ? Rien n’est moins sûr, car nous savons qu’elle se renforce aux attaques de ses adversaires. Ce serait, néanmoins, une mauvaise raison pour ne pas aller voir ce film pas tout à fait comme les autres.  

 

          Jacques LUCCHESI

14:52 Publié dans numéro 17 | Lien permanent | Commentaires (0)