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17/12/2016

La valse des ex

 

Après le désistement attendu de Hollande — le pire pour tout le monde aurait été qu’il se présente _ , l’émoi est grand à Gauche. Valls s’est déclaré en lice, ce qui n’est pas une surprise. On le savait piaffant, n’hésitant pas à enterrer Hollande. L’homme a du caractère, mais une fougue qui lui jouera des tours. Rien ne dit qu’il pourra rassembler son camp, d’autant que Montebourg, Hamon, d’autres encore, sont dans les starting-blocks. On nous dira : c’est normal pour une primaire que des tenants d’un même camp confrontent leurs idées. Certes, sauf quand elles sont « irréconciliables » comme l’a prétendu le petit Valls… Il est aussi question de Vincent Peillon, l’ex-ministre de l’Education de l’ex-Premier ministre, Valls. Macron, l’ex ministre de l’Economie, joue les cow-boys en solitaire et nous crie : En avant ! Mélenchon, lui, se défiant des primaires « socialistes » pense s’en tirer à meilleur compte s’il déplie son programme. Pourquoi pas ? Lui a au moins le grand mérite d’être cohérent. La valse des primaires de Gauche donne un peu le tournis. Comment croire à de tels prétendants ? Tous sont issus de cette Gauche qui justement a fait faillite. Même le jeune Macron avec son air d’enfant de chœur a été à la soupe hollandaise. Il s’en est écarté, c’est vrai, mais tout de même ! Il faudrait pourtant un champion à la Gauche, si elle veut l’emporter. Lequel aura assez de poids face à Fillon ou à Marine ? Valls a des chances de l’emporter mais pour faire quoi ? Autant de conjectures pour la Gauche qu’il lui faudra résoudre.

 Yves CARCHON

 

 

09/12/2016

Bruissements (69)

 

 

Hollande : « Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir ma démarche – la mienne – qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. ». C’est par ces mots que François Hollande, plus grave que jamais, a conclu son allocution télévisée, jeudi 1er  décembre, sur le perron de l’Elysée. Aussitôt l’information a tété reprise, durant toute la soirée, sur presque toutes les chaînes. Certes, on attendait sa décision, mais ce n’était pas celle-là. Pensez donc ! Une première dans l’histoire de la 5eme République, où tous les présidents en exercice ont brigué un second mandat. Elle n’a pas fait que des déçus autour de lui. Manuel Valls a pu se déclarer, quelques jours plus tard, candidat aux primaires de la Gauche (la tâche sera très rude pour lui). Et Bernard Cazeneuve s’est ainsi retrouvé  promu premier ministre pour les cinq derniers mois de ce quinquennat agité. N’en doutons pas : Hollande a fait le bon choix. Il a su, avec humilité et lucidité, opérer une sortie magistrale. De quoi faire taire autour de lui les critiques tous azimuts et rehausser sa cote de popularité auprès des Français. Libéré des pressions de la compétition, il va pouvoir ainsi assumer pleinement son rôle de président, se consacrer à ses fonctions régaliennes et jouer, çà et là, les arbitres inspirés. Peut-être même le verra-t’on réaliser quelques promesses jusque là non tenues (comme la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim) ? Bref, de quoi se faire regretter par tous ceux qui l’ont vilipendé depuis quatre ans. Car ce qui s’annonce à l’horizon est autrement plus inquiétant que le bilan qu’il va laisser.

 

Abou Dhabi : Dès le lendemain de son annonce si commentée, le président s’envolait pour la capitale des Emirats Arabes unis, où était inauguré le Louvre d’Abou Dhabi en présence de son concepteur, l’architecte Jean Nouvel. Un grand musée européen en terre arabe : voilà une bonne nouvelle et pas seulement sous l’angle diplomatique. Car sa seule concession va rapporter quatre cents millions d’euros au musée parisien éponyme sur les trente années à venir. Un autre projet d’importance attendait aussi François Hollande à Abou Dhabi, puisque une grande conférence sur le patrimoine mondial y était organisée. Conscients des menaces que font peser les guerres et le terrorisme sur les trésors de l’humanité, une quarantaine d’états et d’institutions privées se sont engagés à créer un fonds financier et un réseau de refuges dont le siège sera à Genève. Il s’agit de réunir au moins cent millions de dollars (dont trente seront versés par la France) pour financer des actions de prévention et de restauration. Dès 2017, une nouvelle conférence internationale devrait faire le point sur l’avancée de ce beau et nécessaire projet. C’est ce qu’on appelle, François, faire d’une pierre deux coups. Il y a eu certainement des voyages présidentiels moins agréables que celui-là.

 

Elections : des élections, il n’y en pas, bien sûr, qu’en France. Dimanche dernier, on votait en Europe et c’étaient deux moments très attendus. Le référendum italien, tout d’abord. Dix neuf millions d’électeurs se sont finalement prononcés contre le projet de réforme de la constitution proposé par Matteo Renzi. Tout comme David Cameron après son échec du Brexit, le jeune président du conseil italien a donc remis sa démission au président de la république Sergio Mattarella. Une nouvelle avancée du populisme anti-européen en Italie mais surtout un désaveu personnel pour Renzi qui était, ces temps-ci, un peu trop sûr de lui. (Tiens, tiens, ça ne vous rappelle rien ?). Les choses se sont mieux passées en Autriche pour le candidat écologiste Alexander Van Der Bellen qui s’est largement imposé  - 54% - sur son adversaire, le représentant de l’extrême-droite Norbert Hofer (c’est Marine qui doit être déçue). Il devient ainsi le nouveau président de la république autrichienne - au grand soulagement de Bruxelles. Rappelons que cette élection, qui s’était déroulée une première fois en mai dernier, avait été annulée pour vice de forme. Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles pour l’Europe.

 

Commune : dans l’histoire nationale la Commune de Paris reste un grand moment révolutionnaire. Surgie après la défaite de la France contre la Prusse en 1870, elle devait jeter les bases d’un état social avant la lettre puis être impitoyablement réprimée par Thiers et les versaillais en mai 1871. On estime à vingt mille morts le nombre de leurs victimes, et c’est sans compter les  milliers de condamnés à la déportation qui suivirent. Cependant, une loi générale d’amnistie pour tous les communards devait être votée en 1880 par la Troisième République naissante. Ce n’était sans doute pas suffisant pour Patrick Bloche, le président (PS) de la commission des affaires culturelles,  puiqu’il a cru bon de faire mettre aux votes un texte réhabilitant toutes les victimes de la Commune. Celui-ci a été adopté à la majorité par l’Assemblée Nationale, mardi 29 novembre. Il n’a pourtant pas fait l’unanimité dans les rangs de la Droite. Ce qui est une preuve que, même cent quarante cinq ans après ces évènements, les lignes politiques n’ont pas beaucoup bougé dans ce pays. Mais on peut aussi penser que les députés réfractaires n’ont pas voulu avaliser l’instrumentalisation politique du passé par le présent.

 

Erik PANIZZA

02/12/2016

Sida : les affiches de la discorde

 

 

Célébrée chaque 1er décembre depuis 1988, la journée mondiale de lutte contre le Sida n’a pas, cette année, fait les gros titres de la presse. Il est vrai qu’avec l’élection de Donald Trump aux USA, la victoire de François Fillon aux primaires de la Droite et l’abdication tacticienne de François Hollande (proclamée le même jour), il n’y avait plus beaucoup de place pour les causes humanitaires dans l’actualité. D’autre part, c’est un fait que le Sida n’est plus synonyme de mort rapide – tout au moins en Europe -, comme c était le cas dans les années 80. Avec l’apparition des trithérapies en 1996 puis l’amélioration progressive du traitement (réduit maintenant à un seul comprimé par jour), l’infection au VIH tend de plus en plus à devenir une maladie chronique – un peu comme le diabète ou l’hépatite C- , rendant la vie quotidienne plus difficile sans trop diminuer l’espérance de vie.  Contre-effet de ces progrès médicaux, la protection sexuelle se relâche depuis quelques années avec, pour conséquence logique, une augmentation des risques et des cas de contamination. En France, l’an dernier, on a ainsi enregistré 5925 nouveaux diagnostics de séropositivité. Parmi eux, 43% étaient « des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes », (selon la formulation légèrement tautologique de Sida Info-service). Ils sont d’ailleurs suivis de près par « les hétérosexuels nés à l’étranger » (38%). Nous ne reprendrons pas ici l’antienne bien connue sur la nécessité du préservatif entre partenaires ignorant leur sérologie, tellement elle est évidente.

Cette recrudescence épidémiologique justifie certainement de nouvelles campagnes de sensibilisation. En l’occurrence, les photos et les slogans des récentes affiches conçues par le ministère de la santé n’avaient rien de très audacieux – eu égard à ce qu’on a vu par le passé. Deux hommes tendrement rapprochés avec des mots comme « aimer, s’éclater, s’oublier » ou « coup de foudre, coup d’essai, coup d’un soir », voilà qui n’est pas de nature à choquer les enfants, leurs mamans et leurs mamies, même aux abords des écoles. Après tout, c’est le mode relationnel, tant des homos que des hétéros, depuis plusieurs décennies. Pourtant une dizaine de villes, parmi les cent trente où l’annonceur Jean-Claude Decaux les avait apposées, ont jugé qu’elles offensaient la pudeur et ont exigé leur retrait. Nul ne sera étonné d’apprendre que, pour la plupart, ces édiles courroucés appartiennent au parti Les Républicains. Pour enrayer cette épidémie de pudibonderie, la ministre de la santé Marisol Touraine a aussitôt saisi le tribunal administratif. Elle a bien fait. Mais qui peut douter du caractère circonstanciel de ces réactions d’indignation ?  Elle sont un avant-goût de l’hiver moral qui attend les Français si, par malheur, François Fillon s’installait à l’Elysée en mai prochain.

 

                         Jacques LUCCHESI

16:57 Publié dans numéro 16 | Lien permanent | Commentaires (0)