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05/06/2020

   L'amour au temps du coronavirus

                       

 

 

 Les grandes épidémies, lorsqu'elles apparaissent, surprennent toujours les gens. Aussi faut-il  compter avec un moment, plus ou moins long, d'effroi et de sidération. Nous l'avons vu avec le SIDA, dans les années 80, et le froid qu'il soufflé sur les relations sexuelles, toutes orientations confondues. Maladie potentiellement mortelle, le SIDA a des modes de transmission – le sang et les secrétions sexuelles – qui ont été rapidement identifiées. Autrement dit, si l'on excepte les contaminations résultant d'une transfusion sanguine mal contrôlée, il fallait être engagé dans une relation intime pour risquer de le contracter. Et, très vite, le bon vieux préservatif s'est avéré être une barrière efficace contre lui. 

Avec la Covid-19, on a affaire à un virus respiratoire. Ce qui signifie que sa contagiosité est beaucoup plus aléatoire, plus immédiate que celle du SIDA. Une toux, des postillons, un éternuement peuvent en être les vecteurs si vous vous trouvez près de l'émetteur. Et c'est sans parler du toucher et des objets publics où le virus peut persister. Tout cela rend donc la transmission plus facile mais élimine aussi toute idée de faute et de culpabilité.

Or, les relations humaines, qu'elles entraînent ou non des rapports sexuels, sont d'abord des relations de proximité. Elles impliquent non seulement la parole mais aussi, de manière plus sporadique, le toucher. Ce sont eux, précisément, qui sont mis à l'index par cette crise sanitaire. Comment, dans ce cas, peut-on encore draguer, badiner, voire flirter avec une telle menace ? Un masque sur le visage, même s'il met en valeur les yeux, rend difficile la parole et impossibles les baisers. Quant à caresser une main gantée de plastique, à moins d'être fétichiste du latex, ce n'est guère excitant pour la plupart d'entre nous.

De fait la Covid-19, sans être une maladie spécifiquement sexuelle, peut avoir des répercussions importantes sur la sexualité de très nombreuses personnes, célibataires sans partenaire régulier, jusqu'à la suspendre pour une durée indéfinie. Bien entendu, on peut toujours outrepasser les consignes sanitaires, fut-ce au prix de l'inquiétude et de la mauvaise conscience.

 Si cette épidémie perdure – ce qui risque d'être le cas -, elle sera une aubaine pour tous ceux qui, via Internet et les webcams, proposent du sexe dématérialisé. Une telle situation privilégie, en effet, l'oeil et son corollaire, l'imagination masturbatoire. Si prisé dans les années 8O-90, le téléphone érotique pourrait, lui aussi, retrouver une seconde jeunesse. Car, virus ou pas, la sexualité humaine cherche toujours à s'exprimer et s'accomplir par un moyen ou par un autre.

 

 

Jacques LUCCHESI