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08/03/2011

Progrès de la parité en Europe


           


 La bonne nouvelle, mesdames, c’est que l’égalité entre les hommes et les femmes progresse en Europe. La mauvaise, c’est que vous allez payer plus cher votre assurance auto. Car une directive de la Cour Européenne de Justice vient, d’ordonner aux sociétés d’assurances de ne plus prendre en compte le sexe de l’assuré pour le calcul des contrats et des primes en ce secteur. Du moins dans les pays, comme la France, où la parité n’est pas encore appliquée, mais laissée à l’appréciation des assureurs. Eh oui, jusqu’à présent, les conductrices françaises  paient moins cher leur assurance auto que leurs homologues masculins. 44% de moins : cela fait quand même une sacrée différence (notons au passage que nos féministes nous l’ont bien caché, celle-là). Je veux bien admettre que les femmes aient, dans l’ensemble, un rapport à la conduite moins impétueux que les hommes, et donc moins d’accidents qu’eux. Je crois volontiers qu’elles ont, dans la vie, des pratiques moins suicidaires que la gent masculine et que, par conséquent, leur espérance de vie s’en voit augmentée. Mais cela s’appelle quand même de la discrimination positive et il faut accepter, dans cette lutte pour l’égalité depuis longtemps commencée, de corriger aussi des inégalités qui touchent les hommes, fut- ce à votre détriment, mesdames. Cette égalisation forcée va certainement obliger les assureurs à affiner les profils psychologiques de leurs assurés, donc à faire des calculs plus individualisés. Du reste, il est fort possible que leurs tarifs soient, là comme ailleurs, revus à la hausse pour tous. Ah ! J’allais oublier : la directive en question ne prendra effet qu’à partir du 21 décembre 2012, ce qui correspond à peu près à la date de la fin du monde pour certains illuminés. D’ici là, roulez tranquilles et portez vous bien.  


                                        Erik PANIZZA

Diffamation





 « La femme, on la di-ffame ». Disait Lacan avec son humour si particulier. Pour peu qu’on le creuse un peu, ce calembour homophonique laisse entrevoir au moins deux pistes de réflexion.
La première, évidemment, est littérale. Avec ou sans la diérèse, on la diffame, on dit du mal d’elle, et cela depuis si longtemps que la femme – qui n’existe pas, comme on le sait – a fini par en tirer une fierté bien enviable. Cela ajoute même à la panoplie de ses charmes mythiques.
La seconde est plus subtile et s’adresse peut-être aux femmes incarnées. Depuis au moins aussi longtemps, on la « dit femme », on la nomme, on la désigne de l’extérieur. Autrement dit, elle n’a pas sa loi – son autonomie – en elle-même. Ce sont les autres – donc les hommes – qui détiennent sa vérité.
Cette problématique peut sembler dépassée. S’arracher à cette tutelle, assumer sa parole et son savoir spécifique, se reconquérir en somme : ce furent là les grandes tâches du mouvement féministe tout au long du XXeme siècle. Et les femmes d’aujourd’hui, de plus en plus présentes sur la scène sociale, lui en sont toutes redevables. Néanmoins, cette évolution ne concerne guère que les sociétés occidentales. Une minorité, par rapport au reste du monde, où la lutte pour l’intégration et la tolérance  est loin d’être un combat d’arrière-garde.


                                         Jacques LUCCHESI

12:39 Publié dans numéro 7 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femme, lacan, diérèse

01/03/2011

Urgences




 On ne se rend aux urgences que dans l’angoisse et dans l’urgence…La nuit, souvent, car on dirait que tous les maux qui accablent l’humanité se précipitent à la tombée du jour. Derrière la porte d’entrée commence le grand ballet de la misère. Les plus à plaindre ne sont pas ceux qui accompagnent un parent ou qui attendent nerveusement le diagnostic médical. La plupart sont tassés sur des sièges durs, mais quelques-uns vont et viennent, fauves en cage sous la lumière blafarde des néons, comme s’ils cherchaient à marquer de leurs pas le carrelage grisâtre. Cigarette que l’on va fumer, malgré le froid, sur le seuil. Ça parle fort, sans discrétion, entre parents. Un coup d’œil suffit pour comprendre qu’il n’y a que des pauvres, ici. Et rares sont ceux qui peuvent échapper à la morosité ambiante par la lecture.
Encore n’est-ce là que le premier cercle, l’antichambre de la souffrance. Il y a d’autres portes au bout du couloir, des portes qui ne s’ouvrent pas que d’une simple poussée de main, des portes qui ne laissent passer qu’une personne à la fois. Mieux vaudrait ne jamais connaître le spectacle qu’elles réservent aux entrants. Organiques ou mécaniques, toutes les formes d’accidents trouvent ici leur aboutissement. Lits médicaux mal alignés où somnolent, transfusés et perfusés, des malheureux de tout âge, de tout sexe ; où les râles et les éruptions de toux alternent avec les plaintes des patients devenus, au fil des heures trop lentes, impatients. Contre toute attente, la malchance a aussi ses jours. Elle est plus virulente les jours de fête et les week-ends, comme si les intervalles de liberté et d’enthousiasme attiraient sournoisement  l’adversité et la douleur.
Et puis, tout au fond, il y a les blocs où l’on procède aux premiers soins. Entrent et sortent sans cesse des infirmiers, des médecins, affairés au contrôle de ces petits écrans où s’affichent les données biologiques de base. Par quels ressorts internes résistent-ils à la fatigue ?  Juste à côté, dans la salle du personnel, montent parfois des exclamations joyeuses et des rires, sas nécessaire de décompression au milieu de tant de naufrages. L’inégalité des forces en présence est flagrante : la politique de réduction des effectifs est aussi passée par là. Comment faire face à tant de demandes ? Comment accorder à chacun cette dose minimale d’humanité qu’il attend comme un véritable tranquillisant? Leur jeunesse et leur beauté semblent vouées à une usure accélérée. Combien de temps tiendront-ils encore dans ces officines du mauvais sort ?


                                         Jacques LUCCHESI