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27/05/2016

La base et le sommet

                         

 

 

 Avec le recours à l’article 49-3 pour faire passer la réforme du Code du Travail, le gouvernement a ligué contre lui la quasi totalité des syndicats français. Et c’est naturellement la CGT – le plus ancien et le plus radical – qui a pris la tête de cette opposition frontale dans la plupart des secteurs concernés par cette réforme. Les transports et l’énergie sont, évidemment, les pôles les plus stratégiques et leur blocus ne peut être qu’impopulaire, affecte l’économie du pays au point d’obliger le gouvernement à des mesures encore plus autoritaires (comme les grévistes réquisitionnés de force). Mais comment faire pour être encore audible quand le dialogue a échoué ?

Dans cette crise exceptionnelle, il y a deux conceptions divergentes du progrès social qui s’opposent sans perspective de synthèse. Mais il y a surtout deux points de vue, deux niveaux de lecture du monde que l’on pourrait résumer par cette formule antinomique : la base et le sommet.

La base, c’est bien sûr la fronde syndicale qui l’incarne. Pour elle l’élément humain est primordial. Le travail est d’abord fait par des hommes pour des hommes et on ne peut pas ignorer leur vécu au nom d’intérêts supérieurs. On ne peut pas toucher à leurs acquis au motif que le monde a changé et qu’il faut s’y adapter : car pourquoi devrait-on consentir à vivre moins bien en travaillant tout autant, et même davantage ? Comment accepter des réformes qui tireraient vers le bas tant leur niveau que leur qualité de vie ? Elles pervertissent le sens que la Gauche, jusqu’ici, avait donné au mot « réforme ». Autant d’arguments qui sont parfaitement compréhensibles si l’on s’en tient à un regard empirique sur ces questions.

Quant au sommet, c’est naturellement la position du gouvernement. Qu’il l’admette ou non, son critère d’appréciation est d’abord d’ordre macro-économique. Son action obéit à une autre forme de rationalité: celle du bien public.  Il s’agit pour lui de situer le pays dans un concert de nations toutes productives et toutes concurrentes, même dans l’aire européenne. Et légiférer revient toujours, pour lui, à décider à priori de ce qui est bon pour la croissance, la consommation, l’embauche. Quitte à fragiliser le statut des travailleurs dans les entreprises. Quitte à transformer les individus en entités abstraites sur cet échiquier virtuel où tout se ramène à des  questions de stratégie et de répartition. Quand François Hollande déclare publiquement que « ça va mieux », il ne ment pas, il n’ironise pas sur la colère de la rue. Il exprime simplement la vérité issue des chiffres de son bilan comptable. Sans prendre en considération les sentiments des Français de chair et de sang qu’il subsume.

Le problème est toutefois que ce sont eux qui l’ont élu, avec leurs passions et leurs attentes. Ils l’ont porté au pouvoir dans un espoir de rupture avec la politique menée par les différents dirigeants de Droite depuis une vingtaine d’années ; pas pour qu’il poursuive et amplifie leur action au nom de l’intérêt général. On rappellera qu’en 2010, lors de la réforme des retraites engagée par le gouvernement Fillon, les leaders actuels, alors dans l’opposition, y étaient tous hostiles et soufflaient sur les braises de la contestation - François Hollande le premier. Qu’en est-il six ans plus tard ? Faut-il conclure avec amertume que le pouvoir corrompt toujours ceux qui l’exercent ? Non, mais il change inexorablement leur angle de vision sur les priorités du pays. D’où tant d’incompréhension et de mécontentement.

 Dans ce qui semble être un duel de titans, il y a cependant un troisième élément, un tiers toujours exclus et pourtant fondamental : les consommateurs et les usagers que nous sommes tous peu ou prou. Ceux-là assistent avec inquiétude et agacement à ce bras de fer qui met, chaque jour, un peu plus à mal l’économie de ce pays. Car ils savent bien que tout se paie, à commencer par les journées de grève, et que toutes ces tensions risquent fort de faire grimper les prix des produits courants (pour l’essence c’est presque fait). Dommage qu’ils ne fassent pas entendre suffisamment leurs voix.

 

                        Jacques LUCCHESI  

07/01/2011

Il a bien fait !









Traditionnellement, le mois de janvier est celui des avalanches de vœux. Tout le monde y va des siens : à ses proches et à ses amis, dans la sphère privée, à ses administrés et à ses concitoyens dans la sphère publique. Sous cet angle-là, les politiques, barons locaux ou monarque républicain, ne sont jamais en reste. Il est vrai que rien ne coûte moins cher et qu’il n’y a aucune obligation sur les résultats. Les vœux du président de la république aux syndicats relèvent de ce protocole hypocrite. Rien ne sonne plus faux. Après avoir ferraillé tout l’automne sur la question des retraites et de leur réforme ; après être resté sourd au mugissement de l’opinion publique, ne voilà t’il pas que notre bon président voudrait serrer chaleureusement la paluche de ses principaux adversaires sociaux ?
« Il est bon, Jean-Claude, ce Dom Pérignon, n’est-ce pas ? Prenez encore un petit-four, cher François. »
Comme si, de la sorte, on pouvait passer l’éponge sur tous les griefs accumulés au cours de l’année passée.
Il y a des accolades qui démangent ; il y a surtout des rituels qui se sont progressivement vidés de leur sens. C’est ce que Bernard Thibault, leader de la CGT a sans doute voulu exprimer en boycottant cette invitation annuelle. Quand on méprise autant « la France d’en bas » que Nicolas Sarkozy ; quand, comme lui, on cherche à noyauter tous les centres de pouvoir politiques et  publics, on ne peut pas espérer faire croire que l’on accepte le dissensus démocratique incarné par les forces syndicales. Bernard Thibault a ainsi fait un acte courageux et exemplaire. Un acte qui fera date. Il a bien fait !


                                                   Erik PANIZZA

15:41 Publié dans numéro 7 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : janvier, voeux, protocole, cgt