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06/11/2015

Automobiles : le scandale continue

               

 

 Est-on parvenu, avec l’automobile, à un point de non-retour ? Tout porte à le penser lorsqu’on voit les scandales qui se succèdent dans ce secteur considérable de l’économie mondiale. En septembre dernier, c’était Wolkswagen – « Das Auto » -, sans doute la marque allemande la plus populaire, qui se faisait épingler par la justice américaine pour ses moteurs subtilement truqués. Une affaire qui est d’ailleurs loin d’être close. Ces jours derniers, on a pu  hélas constater que ses méthodes n’étaient pas inconnues de ses concurrents nationaux, Porsche et Audi. Du coup, c’est toute la chaine de production allemande et ses grands patrons qui se retrouvent sur la sellette.

En matière de cache-cache avec les normes anti-pollution, ce n’est d’ailleurs pas mieux en France. Ici, c’est la consommation affichée des moteurs d’automobiles qui est en cause. Elle serait, bien sûr, largement sous-évaluée par leurs constructeurs. Concrètement, quand les petits modèles de Renault et de Peugeot sont censés consommer 3 litres au 100, il faut multiplier ce chiffre  par deux pour être dans le vrai. Cela n’est bon ni pour le porte-monnaie des automobilistes ni, encore moins, pour notre environnement et notre santé, puisque l’immense majorité de ces voitures roulent au diesel, grand pourvoyeur de particules fines.

Comme si tout cela n’était pas suffisamment inquiétant, ces « révélations » arrivent au moment où les instances européennes s’apprêtent à relever le seuil de pollution autorisé pour les véhicules à moteur. Ainsi, dès 2017, le seuil d’émission d’oxyde d’azote devrait être majoré  de 110%. Devant la colère des associations écologistes, Ségolène Royal, ministre de l’écologie, a fini par se réveiller et a interpellé les législateurs bruxellois sur leur complaisance vis-à-vis de l’industrie automobile. Manque de pot – catalytique ? - : certains se sont fait un devoir de lui rappeler qu’elle avait « enterré », l’an dernier, l’Ecotaxe ; que, d’autre part, sa promesse d’égaliser la taxation du diesel et de l’essence tarde beaucoup  à prendre effet.

La voici prise au piège de ses contradictions, alors même que la tenue de la COP 21 s’avance à grands pas. A moins que les états reprennent enfin la main sur le marché et sa course frénétique au profit, il sera très difficile de parvenir à un accord permettant une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre au cours de ces prochaines années.

 

 

                          Bruno DA CAPO

15/10/2014

De l’écologie punitive

                       

 

  C’est une évidence: l’écologie passe mal en France. Contrairement à l’Allemagne qui l’a depuis longtemps intégrée à son mode de gouvernance, elle reste, pour beaucoup de nos concitoyens, synonyme de rigueur, de contrainte et de décroissance. Plus personne ici, ou presque, ne conteste le bien-fondé de ses affirmations. Mais lorsqu’il s’agit de quitter la théorie pour la pratique et de modifier un peu nos comportements, c’est, en général, la conjuration des égos contre les mesures qu’elle inspire. Dans le contexte de précarité sociale qui est le nôtre, l’économie, aussi délétère soit-elle, finit toujours par imposer ses solutions à court terme sur le temps plus long de l’écologie. Une opposition d’autant plus regrettable que l’écologie est, elle aussi, un  facteur économique important, pour peu qu’on s’engage à faire les réorientations industrielles nécessaires.    

Le fiasco de l’écotaxe abandonnée, la semaine dernière, par Ségolène Royal ne fait que confirmer cette frilosité générale. Voilà un droit de péage qui ne devait s’appliquer qu’aux poids lourds, véhicules de 3,5 tonnes et plus dont on sait  quel impact destructeur ils ont sur l’environnement. Il s’inscrivait parfaitement dans le principe du pollueur-payeur, dispositif européen qui transcende les partis et qui contribue à financer des actions dépolluantes. Or, il a suffi qu’une corporation – celle des transporteurs-routiers – montre les dents et menace le pays de grèves massives pour que le gouvernement, par la voix de sa ministre de l’écologie, fasse marche arrière et renonce ainsi à une rentrée fiscale de 600 millions d’euros annuels. Bel exemple de pusillanimité politique pour les uns, d’indifférence au monde pour les autres. Tout était pourtant prêt pour faire appliquer l’écotaxe sur nos autoroutes, à commencer par les portiques de contrôle commandés à la société Ecomouv’ dans le cadre d’un partenariat public-privé. Pour l’état, il va falloir rembourser les travaux engagés à hauteur d’un milliard d’euros. Une perspective qui ne semble guère inquiéter Ségolène Royal («On verra bien. » A-t’elle lâché à la presse). Car elle a un plan B avec la taxation supplémentaire des sociétés autoroutières (qui ne sont pas à plaindre, non plus) et du diesel, grand émetteur de particules fines dont le prix avantageux n’incite guère les conducteurs à mettre de l’essence dans leurs moteurs. Reste que ce sont les automobilistes lambda qui feront, d’une façon ou d’une autre, les frais de la débandade gouvernementale face à nos routiers sympas. Ségolène pourra tranquillement se consacrer à d’autres dossiers sensibles – comme la pollution des sacs en plastique, l’important étant, pour elle, de ne pas faire de « l’écologie punitive ». Tandis que François Hollande continuera, lui, à s’afficher sur le perron de l’Elysée avec des stars hollywoodiennes en quête d’un second souffle. De quoi faire de l’écologie un spectacle à défaut d’une cause nationale particulièrement urgente.

 

                            Bruno DA CAPO

08/07/2013

Virée !

 

                                   

 

  Le changement, on y a cru encore une fois ; on l’attendait même impatiemment. Las ! Un an après l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, la France- de gauche – découvre qu’il n’y a pas de changement, et surtout pas dans la manière de gouverner. Comme avec ses prédécesseurs, un ministre doit toujours fermer sa gueule ou démissionner. Il peut aussi être viré, purement et simplement, en cas de désaccord avec la ligne directrice du gouvernement. Delphine Batho, ex-ministre de l’Ecologie depuis mardi dernier, en sait quelque chose, elle qui n’a pas accepté la rigueur budgétaire imposée aux différents corps d’état pour 2014. D’autres, en apprenant une réduction de 7% pour leur ministère, s’en seraient tenus à une grimace ; pas elle qui, dès le lendemain, vitupérait publiquement sur une radio. Rappel à l’ordre du premier ministre lui demandant de revenir sur ses déclarations intempestives. Refus catégorique de l’intéressée qui s’est vu aussitôt notifiée son renvoi du gouvernement. Sa liberté de parole entièrement retrouvée, elle ne s’est pas privée de continuer à vider son sac. Doit-on, pour autant, en faire un contre-modèle du pouvoir socialiste ? Non. Car si sur le fond, il est difficile de lui donner tort, sur la forme, en revanche, elle a failli à un élémentaire devoir de réserve. Ayrault a raison quand il exige, au sein de son gouvernement, une unité de parole et d’action. Le hic, c’est sans doute que d’autres ministres, avant Delphine Batho, ont allègrement enfreint ce commandement politique de base - à commencer par Arnaud Montebourg dans l’affaire Mittal - sans les mêmes conséquences. Au moins l’opinion sait-elle, à présent, qu’il ne faut pas se fier à la bonne mine de notre président et de son premier ministre.

Au-delà de ce cas d’espèce ministériel, c’est aussi le rapport de François Hollande à l’écologie qui est remis en question. Le limogeage de Delphine Batho dit clairement le caractère négligeable de son ministère dans le contexte actuel - et sans doute aussi l’importance des lobbys anti-écologiques en France. Si Jean-Vincent Placé, chef de file des Verts au Sénat, enfonce une porte ouverte en déclarant  qu’Hollande n’est pas écologiste, cela a quand même le mérite d’être clairement exprimé. Autrement dit, tous ceux qui appartiennent à cette sensibilité politique savent à quoi s’attendre avec lui. Ses promesses de campagne  (alors objets d’âpres négociations) ont toutes les chances de ne pas être honorées durant son quinquennat ; pas même la nécessaire fermeture de la vieille centrale nucléaire de Fessenheim ; pas même les mesures rognant le privilège fiscal du diesel qu’avait initiées Delphine Batho. Cela aurait été pourtant la marque d’un vrai changement…Reste à savoir si les candidats écologistes en tireront toutes les conséquences lors des prochaines élections.

L’ironie de l’histoire est que cette sanction envers une ministre est survenue à peu près au même moment où le gouvernement présentait un nouveau plan en faveur de la parité. Quant à son remplacement illico par Philippe Martin, le moins qu’on puisse en dire est qu’il ne laisse pas augurer une amélioration des choses en ce domaine hyper sensible.

 

                          

                                   Noël MONPERE      

19:51 Publié dans 11 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : batho, ecologie, limogeage, fessenheim