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03/03/2017

 Chez nous, de Lucas Belveaux  

              

  Quelquefois un film donne à penser l’époque dans laquelle il a été conçu, s’offrant comme un reflet à la vie du citoyen lambda, dénonçant une dérive de la société actuelle et de ses valeurs. C’est le cas pour le nouveau film de Lucas Belveaux, Chez nous. On connait depuis longtemps la fibre sociale de ce cinéaste belge, son goût pour des histoires qui s’attachent à des itinéraires singuliers pour mieux éclairer l’évolution des mentalités. Ici c’est de l’engrenage politique le plus clivant qu’il est question. L’action se situe à Hénart, dans ces terres grises et un peu tristes du nord que Lucas Belveaux, manifestement, affectionne. Infirmière libérale et mère divorcée de deux jeunes enfants, Pauline Dhuez (Emilie Dequenne, toujours épatante) n’a pas une vie facile. Cependant, il y a des petits bonheurs en pointillés, comme ses retrouvailles avec Stéphane, un ancien camarade d’école (Guillaume Gouix). Les choses vont changer avec la réapparition de Philippe Bertier (André Dussolier, parfait à contre-emploi)), son ancien médecin de famille. Celui-ci s’avère être un redoutable manipulateur au service d’un parti ultra-nationaliste. De flatteries en réunions, il va convaincre Pauline de devenir tête de liste aux prochaines municipales pour le compte d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), présidente du mouvement national populaire. Cette apparente promotion sociale va vite se transformer en un chemin de croix où la pauvre Pauline va se couper progressivement de ses attaches, tant amicales et familiales que professionnelles et amoureuses. Autour d’elle la colère monte ; ses déplacements, jusque là anonymes, engendrent maintenant des tensions qui se résolvent dans la violence. Estimant que le prix à payer pour son équivoque notoriété est trop fort, Pauline finira par envoyer au diable son mentor (qui la remplacera vite). Mais peut-on retrouver ses jalons quotidiens après une telle incursion dans la vie publique ? La fin du film le laisse penser, non sans quelques désillusions…    

Chacun aura, bien sûr, reconnu le Front National derrière les personnages et les faits évoqués. Avec beaucoup d’intelligence Lucas Belveaux met en parallèle l’enthousiasme des militants et des supporteurs du club de foot local. Il éclaire, à travers ses méthodes patelines, le cynisme d’un parti extrémiste en quête de légitimité démocratique. Ce qui n’empêche pas – sempiternel retour du refoulé – ses éléments les plus violents de se manifester à la première occasion. Car, comme le dit si bien le docteur Bertier : « Changer de stratégie, ce n’est pas changer d’objectif. » On comprend pourquoi la sortie de Chez nous a soulevé l’ire et l’inquiétude des cadres du FN, peu contents de se voir ainsi brocardés en pleine campagne présidentielle. Suffira-t’il à infléchir la dynamique frontiste actuelle ? Rien n’est moins sûr, car nous savons qu’elle se renforce aux attaques de ses adversaires. Ce serait, néanmoins, une mauvaise raison pour ne pas aller voir ce film pas tout à fait comme les autres.  

 

          Jacques LUCCHESI

14:52 Publié dans numéro 17 | Lien permanent | Commentaires (0)

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